La représentation des astres dans l’art accompagne l’humanité depuis ses origines. Le soleil, la lune et les étoiles ont été conçus comme des divinités, des guides et des métaphores de la vie humaine. Leur présence dans la peinture moderne prolonge une tradition qui unit mythe, histoire et esthétique. La Collection Carmen Thyssen-Bornemisza en offre des exemples remarquables.
Le soleil : force créatrice et destructrice
Le soleil a été vénéré comme une source de fertilité, de créativité et de pouvoir. Dans la mythologie grecque, Hélios parcourait le ciel avec son char de feu, tandis que dans la tradition hindoue Rudra incarnait son aspect destructeur. Platon le définissait comme « la forme mobile de l’éternité », et l’alchimie l’interprétait comme le « Roi soleil », symbole de conscience et de régénération, mais aussi de dissolution. Dans À ple sol, Cornudella de Iu Pascual i Rodés, la lumière solaire devient protagoniste du paysage catalan, évoquant la force fécondante de la nature. De manière similaire, Eliseu Meifrèn i Roig utilise la lumière méditerranéenne dans Port de Barcelone pour transformer la scène portuaire en un espace vibrant, où le soleil devient une métaphore de dynamisme et de modernité. Ces deux œuvres perpétuent la tradition de voir, à travers l’astre, roi le principe vital qui ordonne et soutient le monde.

La lune : muse nocturne et transformatrice
Associée à des déesses telles que Séléné, Artémis ou Hécate, la lune a été symbole de fertilité, de mystère et de régénération. En Égypte, Hathor nourrissait le monde de son lait lunaire ; en Mésopotamie, Nana-Sin était considéré comme le médecin céleste ; et dans la tradition gréco-romaine, la lune présidait aux cycles de la vie et de la mort. L’alchimie l’interprétait comme la contrepartie du soleil : humide, changeante, sage et magique, capable de guider l’initié vers les profondeurs de sa psyché. Dans Claire de lune d’Hippolyte Camille Delpy, la lumière lunaire enveloppe le paysage d’une atmosphère sereine, évoquant la tradition romantique de la contemplation nocturne. Dans Moonlit Evening de John Atkinson Grimshaw, l’astre illumine une scène urbaine d’un ton mélancolique, reflétant la relation entre l’humain et le transcendant. Ces deux œuvres dialoguent avec la vision ancestrale de la lune comme régulatrice des cycles vitaux et muse lyrique, avec des références allant du poète japonais Saigyō à Federico García Lorca.

Les étoiles : éternité et orientation
Les étoiles, dont la lumière voyage des millions d’années avant de nous parvenir, ont été des symboles d’éternité et de grandeur. Dans la tradition mésopotamienne, Inanna-Ishtar fut identifiée à l’étoile du matin, et en Égypte, Nout donnait naissance aux étoiles. Parallèlement, l’étoile polaire fut conçue comme l’axe de l’univers, principe d’ordre et de stabilité, tandis que l’astrologie transformait les constellations en carte du destin. Dans Noche de campo de Carlos Alberto Castellanos, le ciel étoilé devient un espace de contemplation, évoquant la fonction ancestrale des étoiles comme guides du voyageur et compagnes de l’être humain. Par ailleurs, Los Ángeles de Carlos Almaraz réinterprète le firmament dans une perspective urbaine: les lumières de la ville évoquent des constellations modernes, rappelant comment l’humanité a créé de nouveaux cieux artificiels qui prolongent la fascination pour l’univers stellaire.

La Collection Carmen Thyssen-Bornemisza montre que le soleil, la lune et les étoiles demeurent des symboles universels dans l’art. Le soleil incarne la force créatrice et destructrice, la lune la muse nocturne et transformante, et les étoiles l’éternité et l’orientation. Ces œuvres dialoguent avec des traditions mythiques et des références historiques, et démontrent que lever les yeux vers le ciel a toujours été aussi une réflexion sur la condition humaine et sur la continuité culturelle qui nous relie au passé.
Bibliographie :
– Archive for Research in Archetypal Symbolism (ARAS). (2010). Le livre des symboles : Réflexions sur les images archétypales. Köln : Taschen.





