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Parlons des femmes. Les muses de la Collection Carmen Thyssen-Bornemisza

Pendant le mois de mars, dans le cadre de la Journée internationale des femmes, le Musée Carmen Thyssen Andorra a consacré une série de récits Instagram à l’exploration de la représentation de la femme au sein de la Collection Carmen Thyssen-Bornemisza. Loin de se limiter à les célébrer comme sources d’inspiration, ce parcours propose un regard plus large et critique, qui met en valeur leurs trajectoires, leurs identités et leur capacité d’action dans l’histoire de l’art.

L’un des cas les plus révélateurs est celui de Júlia Peraire i Ricarte, une figure qui dépasse clairement l’étiquette de muse. Issue d’un milieu modeste, vendeuse de fleurs et de loterie, elle fait irruption dans le monde artistique barcelonais dans un contexte marqué par les conventions sociales et le rejet des élites. Sa relation avec Ramon Casas transforme non seulement la vie du peintre, mais aussi son œuvre, puisqu’il l’immortalise dans des centaines de portraits. Réduire sa figure à ce rôle revient toutefois à perpétuer une invisibilité historique qui a souvent accompagné les femmes dans l’art. Avec force et charisme, elle défie les hiérarchies de classe et les règles morales de son temps, se frayant un chemin dans un environnement qui voulait la réduire au silence. La revendiquer aujourd’hui, c’est reconnaître son rôle actif et lui restituer la place qui lui revient.

Ramon Casas i Carbó, Boceto de Julia con mantilla blanca, c. 1909

Dans le même esprit, la Collection Carmen Thyssen-Bornemisza présente des œuvres d’artistes telles que Berthe Morisot, grande figure de l’impressionnisme et l’une des rares femmes à avoir réussi à s’imposer dans un mouvement dominé par les hommes. On peut y contempler Bergère nue couchée, où le corps féminin est représenté avec une intimité qui s’éloigne de l’objectification habituelle de l’époque. Morisot apporte une sensibilité propre, qui affirme la femme non seulement comme sujet, mais aussi comme créatrice, capable de réinterpréter la réalité avec un regard personnel et moderne.

Berthe Morisot, Bergère nue couchée, 1891

Cette réflexion nous conduit également vers des figures symboliques comme la nymphe, motif récurrent dans l’histoire de l’art. Dans Le bain des nymphes d’Antonio Muñoz Degrain, se déploie un décor nocturne et évocateur où des corps nus se fondent dans une nature luxuriante sous la lumière de la lune. Les couleurs irréelles et l’atmosphère onirique accentuent le caractère presque magique de la scène. Issues de la mythologie classique, les nymphes sont des divinités mineures liées aux rivières, aux forêts ou aux montagnes, incarnant la vitalité et l’esprit du paysage. Au fil du temps, les artistes ont utilisé cette figure pour explorer des idéaux de beauté, de sensualité et de fugacité, en faisant un symbole persistant de l’imaginaire artistique.

Antonio Muñoz Degrain, El baño de las ninfas, c. 1915

Enfin, la figure de la danseuse de flamenco nous introduit dans un univers de mouvement, d’émotion et d’expressivité. Dans l’œuvre de Manuel Benedito, disciple de Joaquín Sorolla, une danseuse saisie en plein tour devient le centre d’une scène baignée de lumière et de rythme, accompagnée de musiciens et de palmas qui en intensifient l’ambiance. La bailaora a fasciné les artistes pendant des générations, devenant un symbole de force, de passion et d’identité culturelle. Au-delà d’un regard exotisant, ces représentations révèlent une volonté de capturer son caractère et son intensité émotionnelle, faisant de la figure féminine un véritable vecteur d’expression et de narration visuelle. Ainsi, la bailaora cesse d’être seulement muse pour devenir protagoniste, porteuse d’une tradition vivante qui transcende les frontières.

Manuel Benedito Vives, La Bailaora, 1905

À travers ces récits, le Musée Carmen Thyssen Andorra invite à repenser la représentation de la femme dans l’art. Loin d’être des figures passives, ces femmes émergent comme des sujets actifs, dotés d’une voix propre et d’une capacité de transformation au sein de la culture. Les reconnaître, c’est en définitive rétablir leur présence et garantir leur place dans la mémoire collective.

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  • Av. Carlemany, 37 - AD700 Escaldes-Engordany
  • Principat d'Andorra
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Disseny web: Qucut Produccions + Marc Julià Disseny gràfic: Laura López Martí

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